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[Multimédia]

La France, Big Brother du Web

Pour une grande majorité d'internautes, la toile mondiale est le lieu de toutes les expressions. Pour les petits malins cherchant à multiplier les images pornos sur leurs sites persos, la liberté d'expression est vite limitée. Et que dire des artistes dont les oeuvres sont censurées car sortant du cadre du moralement correct ? Aujourd'hui, les hébergeurs menacent même de supprimer les pages persos de leurs abonnés car on leur demande d'effectuer une vérification systématique des contenus.

Les Secrets ou la disparition d'une oeuvre

C'est en 1997 que Nicolas Frespech entame une oeuvre multimédia intitulée Les Secrets. Il s'agit d'un projet évolutif auquel tout un chacun peut participer. Principe : le passage assez rapide de phrases sur l'écran. Secrets d'enfants, secrets d'amour, secrets sexuels, etc. Hébergé sur le site du Fonds National d'Art Contemporain, Les Secrets doit subir une première étape vers la censure totale en 1998. Avec l'acquisition publique du site, on demande à Nicolas Frespech de faire un tri dans les secrets qu'il diffuse.  Et ce n'est qu'un début.

En 2000, c'est le serveur qui est effacé. Il existe des sauvegardes, mais elles ne comprennent pas les dernières mises à jour. Une partie de l'oeuvre a donc déjà disparu. Mais c'est en septembre 2001 que le coup de grâce est donné : le site ne fonctionne plus. L'hébergeur va jusqu'à refuser de parler à l'artiste et de lui fournir une copie des fichiers. L'oeuvre a été censurée pour pédophilie et des pressions sont exercées sur Nicolas Frespech pour qu'il n'en parle pas.

John B. Root et la pornographie française

Dans un tout autre registre, le weblog de John B. Root  montre la (très) relative évolution des mentalités. A une époque où la plupart des publicités, séries et films font appel à des images de plus en plus suggestives, le porno reste banni des débats. Il est tout bonnement illégal de posséder ou diffuser une image à caractère pornographique. Lors d'une conférence donnée en Sorbonne, John B. Root s'est amusé à faire passer une image issue de l'un de ses films. Quand tout le monde en a eu une entre les mains, il a annoncé que les personnes présentes étaient toutes en état d'arrestation. Il faut pourtant noter que l'ensemble du public avait 18 ans ou plus.

Pour ce producteur amoureux du cinéma pornographique et non des images pornographiques déversées à flots pour le seul plaisir de pouvoir fantasmer sur une paire de seins ou un sexe en érection, le Web semblait être une solution. Mais voilà, Internet aussi est réglementé. Les avertissements visant à renvoyer les mineurs dans les jupes de leur mère n'ont absolument aucune valeur juridique. C'est donc l'hébergeur qui risque des sanctions, et par extension l'artiste. Quant aux sites payants, ils n'empêchent pas les « jeunes innocents facilement influençables » d'utiliser la carte de crédit de leurs parents pour acheter des vidéos olé olé. Et ce ne sont pas les parents qu'on poursuit pour négligence.

La fin des pages perso ?

Les bien-pensants prétextent qu'il faut protéger les jeunes générations de la perversion sexuelle. Mais le sexe a toujours existé et fait vendre. Sans entrer dans le débat sans fin du pour ou contre le porno, il faut se rendre à l'évidence qu'aujourd'hui c'est la liberté d'expression sur Internet qui est menacée. Dernièrement, une polémique s'est engagée entre la sacro-sainte morale et les fournisseurs d'accès. Parmi les directives de la loi Fontaine, trois sont dénoncées : le filtrage de l'accès Internet par les fournisseurs d'accès, la surveillance générale a priori des contenus Web (chats, forums, pages perso...) et enfin les courriers électroniques qui ne sont plus considérés comme de la correspondance privée. De quoi faire frémir.

L'AFA (Association des Fournisseurs d'Accès) a d'ailleurs lancé une pétition. Finis les sites persos, les chats et les forums ; les fournisseurs d'accès, conscients de la dose de travail nécessaire au filtrage, ne peuvent y souscrire. Les véritables initiateurs de cette loi ne sont pourtant pas nos députés, mais les majors de l'industrie du disque. Elles ont fait pression afin de contrecarrer le piratage et l'échange de fichiers. On peut donc s'envoyer des CD et vidéos pirates par courrier, mais plus par mail. Prochaine étape : le filtrage du courrier postal ?

Ce qui a commencé avec la censure de quelques sites « peu recommandables » ou à la « moralité douteuse », s'étend aujourd'hui à tous les domaines, y compris la communication privée si tant est qu'elle passe par le Web. Après des attaques, justifiées ou non, contre des artistes et/ou pornographes, tous les internautes français sont désormais présumés coupables. Bientôt, comme aux Etats-Unis, les parents affichant des photos de leurs enfants sur Internet seront soupçonnés de pédophilie. Vite, à vos claviers, en attendant la deuxième lecture au Sénat en février.

Audrey Rochas

Weblog de John B. Root
Les secrets de Nicolas Frespech
Pétition de l'AFA



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